Pakistan : La situation des femmes reste compliquée

Pakistan : La situation des femmes reste compliquée

Entre les femmes élues au Parlement, celles qui sont des entrepreneuses couronnées de succès, et les femmes victimes de crimes d’honneur et d’oppression brutale, la situation des femmes au Pakistan reste extrêmement inégale.

Au Pakistan, on trouve des femmes avocates, entrepreneuses, enseignantes, universitaires et 33% des sièges au Parlement national sont réservés aux femmes. Il existe même un Ministère pour le développement des femmes.

Au niveau législatif, des progrès sont régulièrement effectués.
Le Parlement a par exemple adopté en 2010 une loi contre le harcèlement au travail. tout serait-il donc rose pour les femmes pakistanaises ?

Mais Dernière toute ses réalisations, la grande majorité des femmes pakistanaises vivent dans un tout autre monde, selon Susanne Preisig, spécialiste du Pakistan et ancienne experte-pays auprès d’amnesty international.

En général, seules les femmes issues de familles libérales et bien nanties, vivant dans un milieu urbain, peuvent étudier et travailler.

Pour toutes les autres, les choses se passent de manière différente : «Les femmes vivent dans un monde très limité et oppressant.» La vie est marquée par des idées morales strictes, basées sur la religion et la tradition.

Les crimes dits d’honneurs, par lesquels la famille tente de récupérer son honneur, qui a été souillé à ses yeux, s’accumulent encore et toujours au Pakistan.

La commission des droits humains pour le Pakistan recense près de 700 cas semblables à celui de Mafia Bibi, une jeune femme de 17 ans de sahiwal dans la province de Punjab. Comme elle avait fui avec son ami, son frère lui a coupé les oreilles, le nez puis la tête avec un couteau. Le rapport annuel 2009 d’amnesty international fait état de 960 cas de crimes d’honneur – chiffre sans aucun doute bien plus élevé en réalité.

La plupart des cas ne sont jamais rapportés et font encore moins l’objet d’une enquête de police.

Chaque femme qui survit à un attentat à l’acide reste souvent marquée à vie. La commission des droits humains a connaissance de 135 attentats à l’acide ou incendiaires survenus l’an dernier; les estimations non officielles sont dans ce cas aussi plus élevées.

Et pourtant, les « crimes d’honneur » sont interdits par une loi pakistanaise depuis 2004, et des OnG militent pour la rédaction d’une autre loi contre les attentats à l’acide.

Les femmes demeurent peu protégées.
La justice du Pakistan est considérée comme corrompue.

Il existe pourtant une loi contre la violence domestique, mais elle n’est jamais entrée en vigueur. L’une des deux chambres du Parlement l’a approuvée l’année dernière, mais l’autre chambre l’a laissée ignorée si longtemps qu’elle a ensuite été balayée pour des raisons formelles.

La plupart des femmes n’oseraient jamais dénoncer leur mari pour violence domestique, de peur de subir les punitions et le déshonneur public qui s’ensuivraient.

L’une des rares exceptions est Maryam. elle a trouvé refuge dans un foyer privé pour femmes à Karachi, qui lui a fourni une assistance juridique.

Le tribunal a attribué à Maryam le droit de garde pour deux de ses quatre enfants. Plus tard, elle est retournée vivre avec son mari, qui a signé un document dans lequel il déclarait vouloir dorénavant la traiter avec respect. Un succès impensable dans le monde de Maryam.

La condition des femmes au Pakistan varie considérablement selon les classes sociales, les régions, et la division ville/campagne due à un développement socio-économique inégal et l’impact des structures sociales tribales, féodales ou capitalistes sur la vie des femmes.

Benedicte Kamoni